EXTRAITS DU ROMAN LES CHICOUFS


« A l’heure des questionnements professionnels pour toute la couvée, ça n’arrangeait pas la fratrie
de bousculer le train-train habituel des périodes de repos traditionnelles. En y pensant, même pour
Julien, l’année s’organisait toujours en fonction des vacances de la zone A ! S’il y avait bien un texte
sacré, dans notre société, c’était le calendrier scolaire du Journal Officiel... Julien cogitait sur cette
idée, tandis que Maude se caressait le menton en regardant le plafond. Ils effectuaient de nouveau
le tour du monde en pensées, lorsqu’Arnaud se leva brusquement. Inspiré, les bras au ciel, il venait
de franchir la ligne d’arrivée. Le drapeau quadrillé noir et blanc des 24 heures du Mans s’agitait
frénétiquement. Il tenait l’idée de génie. L’idée du siècle. L’idée à la Steve Jobs. L’idée dont sa soeur et
son frère le remercieraient éternellement. »



« Ernest avait bien compris qu’il servirait de cobaye avec sa réunion estivale de grand-papa. Quelle
idée lui avait traversé l’esprit lors de ce dîner avec sa nouvelle chérie ! Insensé. Il avait carrément
perdu la tête durant ce repas. Il n’avait quasiment rien mangé, trop préoccupé par la femme qui lui
faisait face. Il avait envie de la dévorer. Sa pilule bleue n’y était pas étrangère... »



« Alors là, Julien n’en revenait pas. Ses parents étaient azimutés en ce moment. Mais quelles idées
leur passaient donc par la tête ? C’était vraiment le monde à l’envers. Lui, il avait des milliards
de choses à régler avec la création de son agence à Paris et, maintenant, les business angels à
contacter pour la création de leur entreprise « Chicoufs conseil, LA solution des grands-parents... »
La solution, la solution, super ! Il fallait l’alimenter la solution. Son père ne voulait pas financer.
Il préférait le rôle du cobaye motivé à celui du payeur trop engagé. Son frère s’impliquait totalement,
mais ne savait pas comment s’y prendre. Julien adorait son frère, mais il fallait le former. Tout le
monde était d’accord, mais c’est encore lui qui s’y collait. Et sa mère ? Ah ben ça, sa mère, c’était le
summum. Tellement occupée qu’elle ne pouvait même pas l’héberger ! Ni lui ni Arnaud, quand ils
viendraient à Paris. Un comble. L’hôpital qui se foutait de la charité. »


« À quelques centaines de kilomètres de là, en Bretagne, un autre grand-père voyait son coeur s’agiter.
Un cataclysme, une tempête, un raz-de-marée, un tsunami ? Pour Yvan, c’était quelque chose
d’approchant. Bien que Breton, il vivait dans les terres. La mer n’avait jamais été son élément. Il ne
la voyait pas souvent, mais l’associait toujours aux événements importuns. Une difficulté ? Yvan
visualisait immédiatement des vagues épouvantables, des masses d’eau déchaînées et un déferlement
de vent. À l’heure dominicale qui s’égrenait, le temps portait plutôt à la sieste qu’à la météo marine.
Dans sa ferme, Yvan observait davantage la poussée des gros camus, que celle des éléments. Sa fille
Anne venait de tout bousculer. Elle l’observait, sans savoir sur quel pied s’arrimer, et voyait son père
contrarié. Elle était le déclencheur de son mécontentement, dont elle surveillait la progression. »


« Col roulé et Colleur d’affiches criaillaient comme des paons. Le silence et l’attente précédant
l’enthousiasme d’Ernest valaient de s’endurer pour recevoir une telle bénédiction. Quand ils disaient
n’avoir pas chômé, ils avaient surtout bossé comme des dératés ! (...) Des semaines à s’interroger pour
imaginer comment accompagner intelligemment les grands-parents dans l’accueil de leurs petitsenfants
! Cette mission immuable était déjà millénaire. Ils n’allaient rien inventer mais ils voulaient
la moderniser, la transformer. »



« Une chanson pour 103 battements de coeur par minute.
Une chanson de 4 minutes pour sauver une vie.
C’était quoi, cet air, déjà ?
Il le connaissait pourtant par coeur.
C’était pas possible, elle se trouvait dans quelle partie de son cerveau cette musique ?
Il lui fallait juste le rythme.
Il essayait de chantonner, mais rien ne venait.
Il opinait du chef, la bouche ouverte pour attirer l’inspiration. Rien à faire, elle ne venait pas.
Et puis, soudain...
Il se souvint. »


« Evan fut reçu par un “poisson d’avril” collectif et gourmet. Les coquins ! Ce n’était pas le 1er, on
n’était pas en avril, mais ça ne faisait rien. Ils se préparaient déjà pour les farces à venir. Evan était
content. C’était bien des enfants. Heureux de vivre, malgré la période compliquée qu’ils traversaient.
Écartelés entre papa et maman, c’était dur à digérer. Il n’était pas le plus propre sur lui dans l’histoire.
Evan faisait des coups tordus dès qu’il le pouvait à son ancienne compagne. Elle le lui rendait bien.
On pouvait se demander lesquels étaient les plus enfants de l’histoire... Chassant ces vilaines pensées,
Evan profita de la tournée de crêpes, avant de rejoindre le grenier. C’était son objectif d’origine, il ne
l’avait pas oublié. »

 


« Yvette était terriblement attachée à son petit chez elle. Pourtant, elle ne pensait plus qu’à l’abandonner
au plus vite pour entrer dans cette fameuse maison de retraite. De quoi marcher sur la tête diraient
ses enfants. Peut-être, mais son galant compagnon, rencontré à la Salpêtrière, y vivait à plein temps.
Pour vivre pleinement leur passion, ils n’avaient pas trente-six solutions. Ils avaient bien envisagé
de le sortir de cette résidence, mais ils entendaient déjà ses enfants crier “haro sur la diablesse”,
soupçonnée de détournement de vieillesse. À l’idée de la tutelle infamante dont il se sentait à coup
sûr menacé, le galant avait vite rejeté la suggestion dans le fossé des idées abandonnées. Yvette s’était
donc renseignée sur les conditions d’admission et les disponibilités de cette résidence. Après tout,
c’était plus prudent de rejoindre ce type d’hébergement. Plus sûr, plus réaliste. Manque de chance, il
n’y avait pas de place vacante. C’était l’histoire de peu de temps, sous-entendait le directeur. Sans le
dire vraiment, il laissait penser qu’un locataire pas très vaillant se dévouerait bientôt pour troquer sa
place contre une autre au cimetière. »

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